15/10/2015


Je suis youtubeuse sorry not sorry !





2 semaines que je n'ai pas écrit par ici et que je n'ai pas posté de vidéos. 2 semaines qui m'ont vraiment fait réfléchir sur le web d'aujourd'hui. 2 semaines imposées peut être un peu quand même par le décès d'un proche et qui font que... on devient relou terre à terre et on s'interroge. J'avais envie de partager avec vous mes doutes et observations face à l'univers de la blogo. Une approche qui, je l'espère, sera plus sociologique que subjective, j'ai essayé de ne pas prendre (trop) parti. J'espère lire vos avis par commentaires. Ça m'intéresse !

Depuis quelques mois, j'assiste à des échanges assez surréalistes au sujet de l'univers youtubesque. Je remarque un mépris intense envers "la youtubeuse" versus "la blogueuse". La blogueuse pionnière, la blogueuse plus légitime, plus calée en cosméto. Presque comme si la youtubeuse était une espèce à part, un cas d'école. J'ai commencé à bloguer il y a 6 ans. En 2009. Vous me connaissez pourtant (pour la plupart) grâce à mes vidéos Youtube. Je ne saurai expliquer pourquoi, ma petite visibilité a plus pris sur ce support ci. Rares sont ceux qui savent que je suis en fait une blogueuse masquée ^^ (fantomas, c'est moi).

Il faut apparemment porter un titre, rentrer dans une catégorie, appartenir à une tribu. Du coup s'il fallait choisir, oui peut être que je suis "youtubeuse beauté". C'est le statut qu'on m'a donné. Je le prends volontier. Sans broncher. Le côté tribal est totalement humain, je comprends cette coutume, ce besoin d'appartenance, mais je trouve cela dommage de rentrer forcément dans une case. Moi je n'ai pas envie de choisir. Je pourrai dire que statistiquement je suis plus youtubeuse parce que je suis plus présente sur Youtube... Quoi que. Pas forcément en ce moment, où je me sens si bien à l'écrit. Mais chronologiquement je suis blogueuse. J'aimerais ne pas avoir à choisir et pouvoir jongler entre l'écrit et la vidéo à ma guise, en fonction de mon humeur, mes envies, le sujet. C'est tellement chouette de pouvoir exprimer sa créativité de différentes façons. Du coup j'ai toujours fait les deux.

Ma presque double casquette me fait forcément côtoyer les deux Team. La Team blogueuse & la Team Youtubesque. Je ne me sens pas tellement appartenir plus à l'une qu'à l'autre. Je ne trouve pas non plus que l'une soit plus légitime que l'autre. Les deux se confient à moi. J'aime évoluer dans les deux mondes. Pour moi on est relié par une passion commune. J'entends du coup les deux sons de cloche et j'ai eu envie de les analyser aujourd'hui avec vous, pour peut être mieux comprendre cette gue-guerre absurde non sans me rappeler l'époque journalistes vs blogo. 

1. Blog versus Youtube ?

Une guerre, c'est peut être un peu fort, surtout que souvent les critiques fusent plus dans un sens que dans l'autre. J'ai l'impression que le mépris est unilatéral. Dites moi si je me trompe. Il vient souvent de la part des détentrices de blogs (pas toujours heureusement mais souvent). Ont-elles alors une crainte ? Je me questionne. La youtubeuse est plus sereine face à sa consœur, elle l'admire même parfois et en suit de nombreuses. J'entends souvent des éloges de mes copines youtubeuses envers les blogueuses, rarement l'inverse. Ou alors si, mais envers les youtubeuses ricaines. Plus classes à suivre peut être...? On avoue à demi-mot, suivre la petite frenchy, moins bankable que celle d'outre atlantique. Et pourtant, on a des youtubeuses tellement talentueuses. Pourquoi chercher à avoir le même décor, le même flou arrière, les mêmes dents, la même bouche pulpeuse... Alors que la French Touch fascine tout autant à l'étranger. On est synonyme de classe à la française, de bon goût, nous sommes perçues comme des femmes naturelles et distinguées, cultivons-le et soyons fières de dire qu'on suit nos copines youtubeuses made in France. Soyons un peu plus soudées au lieu de vouloir se distinguer en se raccrochant à un idéal américain. Bon nombre de youtubeuses se perdent à vouloir calquer un modèle voir un "business modèle" qui fonctionne outre atlantique. Un univers qui ne colle pas avec elles et qui font qu'on trouve ça faux sur le long terme. Les petites nouvelles n'auraient sûrement pas besoin de se façonner une chambre avec des codes ricains, pour exister, si les anciennes assumaient un peu plus leurs différénces. Pour moi la vrai force c'est la distinction, c'est d'accepter sa diversité. Je n'ai pas envie de ressembler à une telle parce qu'elle marche et qu'elle plait dans sa contrée. C'est mon unicité qui doit fédérer. A quoi bon avoir 2000 copier-coller proposant le même contenu sur Youtube ? Je pense que c'est un premier élément de réponse qui expliquerait en partie la raillerie subit par les youtubeuses françaises. Ce stéréotype qui laisse penser qu'elles sont jeunes, caricaturales, maniérées etc... Un seul conseil, montrez-vous comme vous êtes même avec vos imperfections parfois plus attachantes qu'un trop parfait inaccessible et qui divise.

2. Les évènements mondains de la blogo :

J'habite à Paris, de nombreux évènements ont lieu ici. Quand j'ai le temps, et que ça se conjugue correctement avec mon boulot, je vais à certaines soirées blogs de marques qui m'intéressent (c'est mieux). Et là je constate qu'il y a peu de youtubeuses, d'une part, mais que les blogueuses me prennent d'abord pour un ovni et ensuite qu'elles sont, je cite "agréablement surprises". Qu'est-ce que je dois comprendre par là ? Qu'une youtubeuse est jeune et écervelée. Qu'elle s'exprime en 140 caractères, mal donc, qu'elle ricane en permanence et n'est capable d'aucune analyse cosméto ? En somme elle n'est pas très crédible pour parler beauté. Moins qu'une blogueuse apparemment.

Non la youtubeuse n'a pas forcément 15 ans, pas d'études en poche, une chambre rose bonbon, une bougie yankee en background. Non c'est vrai elle a aussi une chaise Maison du monde. Je plaisante évidemment. Mais souvent je constate que les gens ont cette image complètement stéréotypée de la youtubeuse. Pourtant je les trouve parfois plus calées, excessivement passionnées...

Deux questions reviennent presque systématiquement quand je rencontre une blogueuse lors d'un évènement : 

- Alors toi c'est tout ce que tu fais, youtubeuse ? Je veux dire c'est ton travail ? Tu n'étudies pas. 
  Ce à quoi je réponds : 
- alors j'ai fini mes études de commerce, j'ai 25 ans en fait. J'ai travaillé un certain temps dans le market pour différentes boîtes et maintenant j'ai une boutique en ligne. 
- Ah bon ??? *levage de sourcils* 
- Ben oui... 

Ou encore quand elles discutent de leur travail et que je prends part au débat : "Toi t'es youtubeuse c'est différent..." Ah et en quoi est-ce si différent ?

Blogueuse / Vloggueuse, une seule lettre d'écart et pourtant tellement d'incompréhensions. Je ressens souvent une pointe de snobisme et de supériorité quand on me dit "non mais nous on est blogueuses toi youtubeuse c'est pas pareil c'est pour ça". Alors je me demande en quoi et pourquoi il serait plus valorisant d'écrire que de parler face caméra ? C'est un exercice différent. Mais je vous rassure, ce n'est pas parce qu'on fait des podcasts beauté qu'on ne sait pas rédiger. Et vice versa. Quoi que, parler de façon fluide peut prendre des années. C'est un vrai talent (écrire aussi). Et je sais que de nombreuses blogueuses m'ont dit : "je ne pourrai JAMAIS parler à ma caméra. J'ai essayé, je me suis regardée, horrifiée, je m'y suis reprise à 5 fois et rien à faire..." Donc j'aimerais qu'on valorise tout autant le travail que demande la réalisation d'une vidéo, que de bloguer. 

A cet instant présent vous pourriez vous dire que je prêche pour ma paroisse et que je fais incontestablement partie de la #TeamYoutube. Ce n'est pas aussi simple que ça. Il y a des aspects de Youtube assez obscures pour moi. 

3. Le phénomène des vlogs :

Oui en 5 ans sur Youtube j'ai vu un revirement. Quelques changement sont apparus depuis que j'ai commencé les vidéos en 2010, je ne vais pas le nier et vous dire que tout est parfait sous le soleil. Même si globalement c'est un support que j'adore, car je trouve que la proximité viewers / youtubeuse est extrêmement forte. Plus que sur les blogs. Forte heuremement ça dépend quand même de la personnalité de chacun, mais globalement je vois plus d'échanges, plus de rencontres, une manière de parler plus "copine" sur Youtube, plus de réponses sur instagram aussi. Parce qu'en vidéo il est très compliqué de tricher. On en voit un peu plus que sur une photo triée sur le volet. On donne forcément un peu plus de nous. Sur 10 minutes de vidéo il y a forcément un moment, même une seule minute, où on lâche prise. Et parfois il y a des dérives. Je pense que les vlogs, certains vlogs en font parti. Prenons l'exemple des vlogs en Angleterre ou aux US, ils sont perçus différemment. Pourquoi ? Parce qu'ils sont totalement fake beaucoup plus scénarisés, ils vendent du rêve ils sont bourrés de montage. On ne montre pas tout. En France les vlogs sont servis beaucoup plus brutes. Moins de montage, beaucoup de dérapages. De moments qu'on a oublié de couper, de crises de larmes parfois. La vraie vie. Parfois les limites sont franchis. Et c'est quand on accepte de donner ce genre de choses à son audience, qu'on l'invite à regarder par le petit trou de la serrure, qu'elle se permet elle aussi de dépasser les limites. Alors attention, je ne dis pas que c'est mérité. Loin de là. Personne ne mérite de se faire harceler, insulter, dénigrer en commentaires. 

4. Les commentaires négatifs
Je crois malheureusement que certains commentaires négatifs voir irrespectueux sont le reflet de ces limites franchies. Des commentaires atroces, j'en vois beaucoup, je le constate sous les photos de certaines youtubeuses, ça envahie tous leurs supports, elles doivent mettre leurs commentaires en attente d'approbation. Et là je me demande, pourquoi je ne connais pas ça ? J'ai moins d'abonnés, c'est une chose. C'est mathématique. La proportion de personnes désagréables augmentent forcément avec la notoriété. Mais quand même, je n'en vois pas DU TOUT des commentaires sur mon physique, sur ma famille, sur mes valeurs. Jamais ! Mes abonnées ne se le permettent-elles pas ? Et pourquoi ? J'ai l'impression que même si je suis extrêmement proche (je réponds toujours sur Instagram et ailleurs, je prends tout cela avec beaucoup de légèreté et le vit comme quelque chose d'éphémère) je pense que j'ai quelque part gardé mes distances. Mon petit jardin secret. Du coup cette pudeur est communicative. J'en suis persuadée. Où je veux en venir ? A cette nouvelle tendance qui consiste à dire "c'était mieux avant", "les gens se croient tout permis sous couvert d'anonymat sur youtube". Non je ne pense pas que ce soit uniquement "la faute des trolls". Et si on créait certains monstres ? Je crois plutôt qu'il faut se remettre en question en tant que créateur Youtube. Regarder d'abord de quelle manière on partage. Qui on expose. Sa famille ou autre. Et ensuite peut être se remettre en question. On a l'audience qu'on mérite. Une audience qui nous ressemble. En terme d'âge sur Youtube mes viewers ont entre 18 et 24 ans puis la deuxième plus grosse proportion a entre 24 et 34, j'en ai 25, ça reste assez logique du coup. Les gens s'identifient. Quand j'ai rencontré mes abonnées au Palais de Tokyo, la plupart était dans le marketing ou la communication. On avait des tonnes de points communs (style vestimentaire, goûts musicaux...) C'est complètement normal. Et j'adore cet aspect là.

Donc non Youtube ce n'est pas générationnel. Ca dépend de la youtubeuse. Il y en a pour tous les goûts. Oui il y a une nouvelle vague de youtubeuses plus jeunes, qui partagent différemment. Avec leurs codes. Moins de tutos didactiques et plus de divertissement. Je ne m'y retrouve pas certes, mais je ne les blâme pas non plus. Si j'avais 17 ou 20 ans là tout de suite, est ce que je ne vloguerai pas ? S'il y a une audience, il n'y a pas à débattre sur leur présence ou même sur leur légitimité. Est-ce qu'on empêche quelqu'un de choisir son programme télévisé ? Est-ce qu'on doit juger quelqu'un qui se libère l'esprit devant la téléréalité ? C'est un nouveau mode de divertissement qui a son public. Oui je le trouve dangereux parfois. Dans la mesure où les personnes à la tête de ces chaines type vlogs ne se rendent parfois pas compte des risques, des retombés que ça aura plus tard. Je me pose la question de l'avenir, leur avenir, comment elles vont supporter les attaques incessantes et surtout l'arrêt total de cette mise en avant, ne plus être dans la lumière. J'ai peur d'un effet post télé réalité. Le côté starification et puis après plus rien. Leur contenu ne fait pas de mal. Ca ne me dérange pas. J'ai plus peur pour elles. Pour l'emprunte qu'elles laissent. Dès que je publie quelque chose sur le net je me demande : est-ce que tu aurais honte que ton boss ou ta mère tombe dessus ? Et après seulement je publie ! Ca peut servir.

Je suis Youtubeuse sorry not sorry.
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Awin